mardi 27 juillet 2010

Antimatière ou dieu déchu


Big Bang !
Je m’envolais et m’élevais, de plus en plus haut, dans un vertige à la fois ivre d’apaisement et ridicule de je ne saurais dire quoi mais ridicule. Ce qui se confirma dans l’instant d’après où je vis l’univers en contre-plongée, dans un terrible complexe d’infériorité.
Tout ce dont je me souviens, ensuite, c’est d’avoir nagé comme un dingue quand j’ai reconnu la désagréable sensation d’être un spermatozoïde. Je remontais la voie lactée, faisant la course avec des étoiles qui filaient beaucoup plus vite que moi, des stars, tous au moins d’anciens champions de natation. Devant l’immensité féconde, devant l’ovule de la galaxie, du cosmos ou je ne sais quelle conscience plus grande, la ligne d’arrivée, en soi, je me heurtais violement à la défaite d’une porte qu’on vous condamne. Je compris que j’avais été devancé. L’hymen avait été franchi, il y a longtemps. Cette vulve même plus vierge, cette pute de dimension inconnue déjà souillée, cette matrice peut-être même déjà engrossée, qui sait, se refusait à moi.
Pas toi ! Quoi, pas moi ?! On n’aime pas mon style ? Sous prétexte qu’on est un peu différent… Ah, c’est ça, on ne prend que les sportifs ! Désolé de vous le faire remarquer mais c’est tout à fait dépassé comme méthode de sélection. Non, non madame ! Je n’insiste pas du tout, je voudrais juste dire que dans le monde d’aujourd’hui…
Ce n’est pas possible, eh ben très bien, aucun problème.
Juste les habitués ! Vous savez, j’ai déjà…
Casting de merde ! Ovule à la con !
A moins que ce ne soit tout simplement pas la bonne période ? La porte de derrière ? Quelle réincarnation peut-on bien espérer de cette porte là ?
Recalé aux qualifs ! La honte !
L’important, c’est de participer…mon cul !
Mon orgueil d’homme aurait voulu se jeter sur un taxi pour fuir cette bourgeoise. Je n’eus, à vrai dire, que le temps de penser à ce que devenaient les éliminés de la nature, les non sélectionnés au concours de la vie. Les perdants de cette chance, les avortons du néant, les handicapés de l’idée, les idiots, les encore plus crétins de la vacuité, les renégats de rien du tout, les rejetés du vide, les dépressifs du non vécu, toutes ces espèces d’orphelins de l’existence, de mal sevrés, d’abandonnés, de mal aimés ; formats d’une édition à ne jamais paraître.
Presque quelque chose, presque quelqu’un, disons même, faute de savoir comment mieux me définir, j’aspirais à disparaître.
Privé de ma licence de futur fœtus, même pas la mention embryon, je glissais à toute allure sur cette trompe de salope, rebroussant le chemin des âmes. Avec pour seul réconfort de savoir maintenant pourquoi on l’appelle la voie lactée. Goute du désir, pour ma part, non assouvi, triste larme de sperme je dégoulinais lentement le long du vagin de l’histoire. J’eus un premier et dernier incertain priapisme mental dans le couloir du condamné comme si la corde du pendu s’était resserrée d’un cran lorsque descendant à travers le clitoris, j’effleurais son gland, à coup sûr l’âme de cet univers. Son soleil frétilla dans un tremblement cosmique et fît pleurer un dernier rayon de cyprine. J’emportais son sourire béat comme une lampe de poche intérieure contre l’obscurité de la fin. Ensuite, ses lèvres s’ouvrirent légèrement, me propulsant dans un baiser de mort vers la lumière. Une gigantesque chiotte à l’émail blanc presque brillant. Je loupais de peu le sauvetage du papier toilette qui allait servir au monde à essuyer mon passage.
Je finirai donc par faire la connaissance des damnés de la porte arrière.

La chasse me transcenda.

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